Comment les riches détruisent la planète. Dans ce livre facile d’accès et très pertinent, Hervé Kempf, journaliste au Monde résume clairement les dangers qui pèsent sur notre planète en trois points :

1° L’être humain est responsable du déclenchement de la sixième grande extinction : la biodiversité n’a jamais été atteinte comme elle l’est depuis l’extinction des dinosaures. 2° Le réchauffement climatique semble passer un cap avec des conséquences irrémédiables pour la société humaine 3° La pollution profonde et durable des écosystèmes avec pour conséquence la pollution de nos propres corps puisque l’homme est au bout de la chaîne. ( voir à ce sujet le rapport du WWF sur l’empoisonnement des familles européennes par l’industrie chimique : http://www.wwf.fr/pdf/ProduitsChimiquesSangFamillesEuropeenne_OLCB.pdf )

A côté de ce constat, l’auteur se dégage du constat purement écologique et souligne la médiocre condition sociale des hommes à l’échelle planétaire : la pauvreté augmente, écart grandissant du fossé Nord-Sud, destruction des acquis sociaux, glissement vers des systèmes de plus en plus enclin à limiter les libertés démocratiques.

La question que se pose Kempf est pourquoi face à des signes si alarmants, si peu est fait pour enrailler la catastrophe écologique largement annoncée et c’est ici que le livre prend toute sa force et son originalité : « parce que nous ne parvenons pas à mettre l’écologie en relation avec le social. » (…) « Le social reste l’impensé de l’écologie, le social c’est-à-dire les rapports de pouvoir et de richesses au sein des sociétés. » (p37) Et l’auteur d’appeler de ses vœux la fin de ce hiatus : « Comprendre que crise sociale et crise écologique sont les deux faces d’un même désastre. Et que ce désastre est mis en œuvre par un système de pouvoir qui n’a plus pour fin que le maintien des privilèges des classes dirigeantes. » Le livre est clair : la classe économique qui domine est responsable de la crise sociale et écologique est c’est seulement en réduisant les privilèges de l’élite, ( à défaut de les supprimer, nous ne sommes plus en 1917, en tout pour le moment, ndlr) que l’on pourra lutter contre la destruction de la planète…et la détérioration des conditions de vie des hommes car c’est d’abord les pauvres qui souffrent des conséquences de la pollution et des divers dérèglements climatiques.

Une autre dimension forte du livre et l’analyse du concept d’imitations des riches ( en s’inspirant des thèses de Veblen établis dans son « théorie de la classe de loisir ») La culture de masse est essentiellement axé sur l’imitation du mode de vie des plus riches ( grosses voitures, consommation à outrance, ect…) et ce modèle est très destructeur pour la terre bien que très lucratif pour l’élite. « L’imitation conduit à un torrent de gaspillages dont la source est située en haut de la montagne humaine. », les riches. Si l’auteur ne va pas jusque là, on est arrive à la conclusion qu’il faudra se mettre à une critique radicale de culture de masse distillée par les grands médias, la pub et toutes ces horreurs si on veut pouvoir limiter ce pouvoir de séduction destructeur.

Encore une fois l’auteur fait preuve de finesse et ne veut pas s’en prendre à la consommation des pauvres mais bien à celle des plus riches : « Il n’est pas question de diminuer la consommation matérielle des plus pauvres. (…) Au contraire il faut l’augmenter par souci de justice. » (p90)

Pour conclure l’auteur souligne que le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie et que pour maintenir sa ligne de conduite il n’hésitera pas à sacrifier nos droits et les ressources de la terre. Un appel est donc lancé au combat ! A nous d’en trouver les formes les plus adaptées à notre époque.



Notes de lecture : Comment les riches détruisent la planète, Hervé Kempf, Le Seuil, 14€, 9782020896320