Salut Nico, (…) En ce qui concerne la vie du livre. Comme tu le soulignais toi-même, le livre est bien repris sur la plupart des sites de vente en ligne. Il est aussi bien présent dans les librairies belges et françaises. Ce qui fait que sa mise en place et les ventes diverses en font un livre qui approche du 1000ex placés. Tu sais bien que ce chiffre peut diminuer par le fait des retours mais il peut aussi...augmenter. C'est un chiffre excellent qui démontre, je crois, que tu n'as pas travaillé pour rien. Je lisais dans une revue professionnelle liée au monde de l'édition que seul 10% des livres publiés passe le cap des 1000 exemplaires... Quant à la presse, je suis de plus en plus sceptique quant à son intérêt pour un éditeur. Je m'explique. Inonder les journalistes ne fonctionne pas. Il faut une grosse force de frappe derrière pour parvenir à ses fins. Ce que nous n'avons pas les moyens d'avoir. Nous assurons alors un service minimum pour des raisons économiques mais aussi pour des raisons idéologiques. (…) Puis il faut aussi ajouter que même les articles obtenues ne sont souvent que feu de paille. Il est de notoriété dans le milieu de l'édition qu'un article dans le Diplo n'est pas vendeur à moins d'en obtenir une page ! Et c'est le cas pour des tas de médias. L'offre est trop grande et la concurrence déloyale. Bien entendu, un article dans le monde, une page dans Libé ou encore un passage chez Rucquier fera vendre. Mais quelle chance avons nous d'obtenir ce sésame vers la reconnaissance médiatique tant les filtres idéologiques,politiques et pratiques sont grands ??? Un de mes auteurs: Jennar est invité au JT de la rtb pour causer de son livre édité par nos soins: 0 ventes pendant une semaine après le JT: impact nul !!!! Bien que j'envoie malgré tout, mes livres à une sélection d'une trentaine de journalistes. Je commence à douter de l'intérêt de jouer le jeu du service de presse. La dialectique entre article, présence du livre en librairie est tellement fragile que...je doute. Ceci dit cela n'empêche qu'il faut travailler tout les réseaux qui ne sont pas perdus dans cette emprise médiatique et c'est le cas de tes contacts français: asso lié à l'éducation. (…)

Mon travail d'éditeur se construit contre ce que représente la presse d'aujourd'hui: l'immédiateté, la rapidité, le superflu. Tu n'imagines pas le nombre d'articles dans la presse sur nos livres où on relit notre quatrième de couverture...signé du nom du journaliste.

Mon but est de construire un fonds éditorial à savoir des livres qui restent d'actualité bien après les trois mois imposés par la rotation en librairie. Je ne crois pas que la presse m'aide beaucoup dans cette démarche parce que pour elle demain est un autre jour et le lecteur a vite oublié l'article de la veille. S'il faut inonder de service de presse autant gâter les librairies de qualité qui paient un lourd tribut dans la guerre économique que se livrent les majors de l'édition. Ciao Gilles